27/06/2012

Le mirage de la grande ville

Récemment on pouvait lire dans Malijet.com (un site d’information malien), un article qui condensait au travers des paroles de jeunes ruraux leur désespérance d’une vie décente au village et leur espoir de trouver un renouveau en partant à Bamako.

Une des raisons de cet abandon tient à une pluviométrie désastreuse qui ne permet pas des récoltes suffisantes pour permettre aux familles de se prendre en charge. Les jeunes s’en vont pour tenter leur chance ailleurs. Les jeunes s’en vont parce que rien n’a été fait pour les fixer au sein de leur lieu de vie. Les jeunes s’en vont parce que leur intégration en milieu rural est à l’image des greniers vides.

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Je cite parmi les citations qu’on peut lire dans l’article de Malijet.com :

"Aujourd’hui, notre village vit l’un des moments les plus tristes de son histoire. Les greniers sont vides. Il n’y a presque plus de jeunes dans le village (beaucoup d’entre eux se trouvent à Bamako). Même avec tout ça, des gens sont obligés de vendre des parcelles de leurs champs pour se nourrir".

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Elle est assez exemplaire de ce qui se passe dans la mesure où la pénurie en céréales de base comme le mil, le sorgho, le maïs est due en partie à des facteurs climatiques. Mais il y a aussi un problème de gestion des terres agraires ou plutôt, une difficulté des paysans de prendre en main la gestion culturale de leur territoire sous la pression des grands propriétaires terriens ou des sociétés privées.

La CMDT met tout en oeuvre pour valoriser la culture du coton au détriment des périmètres agricoles villageois. Pour la première année, elle met également l’accent sur la production de céréales sèches. Elle a également augmenté son prix d’achat au producteur qui est passé de 185 à 255 FCFA le kg.

C’est une avancée assez spectaculaire mais qui profite principalement aux grands propriétaires terriens. Les paysans réunis en coopératives villageoises éprouvent plus de difficultés. Ils sont effectivement encadrés par la CMDT pour assurer une récolte fructueuse, mais cet encadrement les empêche de se consacrer à d’autres cultures de nécessité. La saisonnalité du coton correspond à celle des céréales. Un choix est  à faire. Ou se consacrer au coton, ou produire des céréales pour alimenter les greniers. Choix dont les éléments ne sont pas de nature à permettre des décisions saines et équilibrées pour la communauté.

Un deuxième point qui est contenu dans la citation évoquée précédemment concerne la nécessité pour les paysans de devoir vendre leur parcelle. Autrement dit, la communauté villageoise doit se résoudre à céder son patrimoine de vie à des propriétaires terriens ou à des sociétés privées pour pouvoir assurer leur subsistance à partir du produit de leur travail d’ouvrier agricole. Il faut bien savoir qu’en Afrique, la terre appartient à la communauté. Mais malgré cela, il y a un phénomène d’accaparement des terres par des groupes agro-alimentaires étrangers ou nationaux qui est favorisée par certaines complicités.

Cette ruée vers les terres irrigables prend une autre tournure dans la zone de l’Office du Niger, qui est le grenier à riz du Mali.

La spéculation touche ces systèmes irrigués et les impacts en termes de développement durable soulèvent bien d’interrogations. La répartition de la zone dépend des sommes investies et la rentabilité de la parcelle va être proportionnelle à sa taille. Ce qui entraîne aussi une précarité par manque de ressources de fonctionnement suffisantes. Sociologiquement, il y aussi l’aspect de déplacement de populations qui a souvent été une source dure de conflit dans ces territoires africains où le foncier communautaire reste un des éléments clés du patrimoine social.

Et le rêve apparaît.

"La vie paysanne est devenue un calvaire depuis un moment à cause de la mauvaise campagne agricole due à la mauvaise pluviométrie. Que faire si la seule activité permettant de nous prendre en charge est de plus en plus menacée ? Notre seul espoir, ce sont les jeunes. Ils sont contraints d’aller chercher à vivre pour la famille dans les grandes villes".

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Et une fois à Bamako, le rêve ne se traduit que par des tristes réalités, des petits métiers dans le meilleur des cas, ou de l’errance dans beaucoup d’autres, une nouvelle fuite en avant dans l’émigration ou dans la violence dirigée ou non.

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Ces jeunes qui ont perdu leur avenir deviennent les héros d’une triste histoire, pleine de bruit et de fureur. Ils sont une proie facile pour ceux qui cherchent à alimenter l’agitation sociale pour asseoir leur pouvoir. Ils sont une proie facile pour rejoindre les cohortes d’enfants soldats.

Ils forment aussi une masse fragile propre à générer des réactions en chaîne de contestation sociale de plus en plus violente.

Et quand un pays est perdu dans ses fantasmes et ses égoïsmes, a-t-il encore les moyens de penser à ses jeunes comme une ressource et une richesse et non comme un moyen de satisfaire ses fantasmes et ses égoïsmes ?

Commentaires

Merci Jean-Claude pour cet article intéressant. La migration accélérée vers les villes en Afrique est un vrai problème; les gouvernements pour la plupart n'investissent pas ou trop peu dans la petite agriculture familiale; comme René Dumont le décrivait dans ses livres comme l'Afrique est mal partie, l'économie des petits services sous-payé, pas créateurs de valeur ne peut absorber le flux actuel. Quelle priorité pour l'aide au développement alors? la petite agriculture ou l'emploi en ville?

Écrit par : JeromeB | 27/06/2012

Cet article va m'être très utile ^^

Écrit par : centrale vapeur ROBUSTA ADONISPRO | 06/07/2012

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