17/01/2013

Oui au Mali

Je laisse aux analystes politiques, à la presse et aux médias, le soin de donner leur sentiment sur la légitimité de l’intervention de la France au Mali.

On a certes entendu quelques voix discordantes regretter qu’une solution pleinement africaine n’ait pas été mise en place, regretter aussi que le Parlement n’ait pas été consulté.

Il y a aussi la grande absence de l’Europe, sans doute trop soucieuse de ne pas écorner son prix Nobel, ou plus préoccupée par les Agences de Notation que par une vocation sociale et communautaire qui serait inscrite dans ses objectifs.

Personnellement je reste convaincu qu’une intervention était légitime.

Mais je pense aussi que le vrai débat ne se trouve pas là.

Je ne prétends pas que ce qui est en train de se passer soit la solution la meilleure mais elle me semble être la plus opportune quand on évalue le retard qui a été pris dans le traitement de cette crise.

Quoiqu’il en soit, ne pas intervenir aurait signifié l’arrêt immédiat de toutes les tentatives de développement social qui sont par exemple contenues dans le projet de réduction de la pauvreté du Millénaire.

C’est l’arrêt de tous les projets de société qui concernent l’avenir d’une grande partie de l’humanité. Que personne ne l’oublie.

On a beaucoup évoqué toutes les malversations qui se sont déroulées depuis un an dans cette zone.

Violences faites aux femmes, humiliation d’êtres humains coupables de ne pas suivre les règles d’un pouvoir, engagement d’enfants-soldats, volonté de maintenir la population dans l’inculture la plus totale, volonté d’obliger les gens à renoncer à leur patrimoine social.

Bref toutes une série de mesures qui avaient pour seul but de mettre en place un système  dictatorial d’asservissement par le chantage et la peur la plus totale.

Et dans ce cadre, cette justification émise par le ministre Pascal Canfin prend tout son sens :

On ne soutient pas un régime mais l'existence même d'un pays », et il en veut pour preuve que la coopération civile entre la France et le Mali est gelée."

« 150 millions d'euros sont bloqués parce que les conditions politiques et démocratiques ne sont pas réunies ».

Car le problème fondamental est là. C’est toute une société qui est bloquée dans son droit et son accès au développement, dans sa recherche d’un épanouissement équilibré.

La France ou plutôt une certaine France croit se battre pour un problème de société en défilant dans des manifestations pour ou contre le mariage pour tous, elle devrait se dire que l’avenir même de ses enfants est en jeu au Mali, bien plus que dans les queues de cerise freudiennes du complexe d’Oedipe.

J’ignore ou plutôt je ne parviens pas à comprendre les motivations de ces individus sinon par le même appât du gain que celui qui motive le grand banditisme et aussi une quête absolue de pouvoir égoïste.

Sans aucun autre panache que celui qui relève de la barbarie à visage humain, ils ont annexé une zone énorme comme des dealers annexent une banlieue.

Mais encore une fois je ne les comprends pas.

On évoque le narco-terrorisme et on explique que cette oppression se nourrit, entre autre, sur l’argent de la drogue. Et paradoxalement, le drogué, ne fait pas seulement que s’adonner à son addiction pour chercher des paradis artificiels, inconsciemment, il donne aussi au terrorisme le moyen d’exister dans un enfer qui est loin d'être artificiel.

Pour prolonger l’intervention de Pascal Canfin, j’ajouterais qu’on ne soutient pas seulement un pays mais aussi tout un futur.

Le futur simple du développement durable, développement centré sur une convergence entre l’humain, l’économique et l’environnement et qui permettre d’instaurer un épanouissement équilibré dans nos sociétés.

 

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Alors OUI, il faut soutenir le Mali qui est dans l’oeil du cyclone et il faut veiller à ce qu’il retrouve son intégrité sans a priori.

Par sa diversité culturelle, le Mali avait compris qu’une nation n’est pas une collection de réserves ethniques, mais les blessures infligées par cette guerre risquent de le lui faire oublier.

Et c’est là le deuxième grand danger qui menace le pays. Celui de ne pas pouvoir aborder les problèmes de développement dans sa juste et grande valeur.

Le Mali devra prendre en main de manière prioritaire son développement de manière exemplaire en s’appuyant sur sa culture, son vécu, son sens de la solidarité et s’inscrire ainsi dans l’avenir. Il devra y engager toute sa responsabilité.

Il en a les outils, comme l'ANPE, l'APEJ, le FAFPA ou des ONG qui à l'instar de la fondation Oumou Sangaré ont comme objectif :

"De rendre ESPOIR et DIGNITE à chaque personne qu'elle aidera, sans limitation de frontières, la priorité étant donnée aux femmes et aux enfants qui sont les plus frappés par la misère, et de permettre à chacun de devenir acteur de son propre développement et responsable de son avenir ".

Citons aussi APFER, ASFODEVH, BINKAD, ACTED (que j'ai vu à l'action dans un récent reportage) et encore d'autres qui poursuivent le même objectif.

Le Mali est au cœur de la tourmente mais il est aussi au cœur de l’espoir.

Il est le cœur d’un combat d’avenir.

Commentaires

Mr Feys,
Merci pour ce témoignage d'amitié et de solidarité pour le Mali. Ce qui nous va droit au coeur car c'est dans les difficultés qu'on connait ses vrais amis.
Ton projet de nous rendre visite dans ces "durs moments",en est un témoignage éloquent !

Écrit par : ibrahima | 17/01/2013

Bravo Jean Claude , ton analyse et ses perspectives sont justes, à tous les sens du terme. Félicitations, je ne manquerais pas de rapporter tes propos autour de moi. très cordialement

Écrit par : addes alain | 18/01/2013

Témoignage fort de quelqun qui connait bien la réalité du terrain.
Tu résumes bien les véritables enjeux et tu fais bien de souligner le silence honteux de l'UE et du Parlement européen en particulier.

Écrit par : Hubert | 18/01/2013

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