02/02/2013

La femme africaine dans les projets de développement

Pour faire suite à certains commentaires que nous avons lus sur le rôle peu enviable de la femme dans la société africaine et malienne en particulier, notre propos ne va pas être de nier une certaine réalité, mais de montrer que cette réalité ne peut être résumée de manière simpliste.

Nous vivons dans une société où l’a priori est tellement fort qu’il devient paradigme et qu’il bloque tous les éclairages qui peuvent enrichir ces modèles de pensée.

On ne dira jamais assez que certaines positions dogmatiques peuvent momentanément  bloquer une analyse plus enrichie.

En écrivant ces mots, je dois avouer que je me plie aussi à une position dogmatique qui est celle du Libre Examen,  principe qui prône le rejet de l’argument d’autorité en matière de savoir et de liberté de jugement. Mais je ne peux pas renier une règle de vie.

Henri Poincaré a bien illustré ce principe de la manière suivante :

« La pensée ne doit jamais se soumettre, ni à un dogme, ni à un parti, ni à une passion, ni à un intérêt, ni à une idée préconçue, ni à quoi que ce soit, si ce n'est aux faits eux-mêmes, parce que, pour elle, se soumettre, ce serait cesser d'être. »

Je voudrais commencer par parler de développement. Car ce concept a connu aussi un développement.

Au départ, on parlait de développement centralisé basé sur les grands projets d’infrastructure pour accompagner et stimuler la croissance économique et le progrès des nations. Cette politique répondait à un cahier des charges pensé par les grandes puissances internationales dans un souci de reproduction d’un modèle macroéconomique.

Comme l’ont dit certains analystes, le développement est un « paradigme occidental » qui se traduit par « un discours de l’Occident sur lui-même et son regard sur l’autre ».

Des infrastructures sont nées principalement au profit des grands centres urbains mais cette conception du développement a aussi aggravé les inégalités sociales entre riches et pauvres ainsi qu’entre les villes et les campagnes.

Ce modèle a effectué sa mutation et depuis les années 1990 on parle de plus en plus de développement local (ou développement de proximité comme je l'ai déjà évoqué dans des précédents billets).

« Le développement local, c'est une stratégie dans laquelle les acteurs sont les bénéficiaires. Cette stratégie est mise en œuvre sur des territoires variés où les ressources humaines et physiques sont d'une grande diversité et où les aspirations et les priorités en matière de développement créent des problématiques particulières. On peut même appliquer des stratégies différentes à une même situation: les moyens dont disposent les collectivités fournissent des réponses multiples. Ces stratégies sont des processus évolutifs qui demandent à être évalués et réajustés en cours de route » (Bernard Vachon)

Le développement local est un processus global auquel participent les micro-initiatives et dont les ressources humaines constituent la force motrice.

Une caractéristique de la société africaine qu’elle soit urbaine ou rurale, c’est d’être structurée sur un modèle de solidarité associative, tant sociale qu’économique. Famille élargie, tontine, secteur informel, associations villageoises, groupements de femmes, groupements de chasseurs,  coopératives, se fédèrent et conjuguent leurs efforts pour répondre aux situations de crise.

Et cela rend plus visible l’activité des femmes qui y prennent part. Mais elles ne disposent pas des mêmes atouts en matière d’éducation de base, ce qui est un lourd handicap, surtout quand on prend conscience de leur rôle actif en tant qu’agents de développement.

C’est pourquoi un grand nombre d’initiatives se sont multipliées pour suppléer cette carence éducative, dans le cadre de programmes volontaires de formation ou de programmes qui relèvent du développement local, rural ou urbain.

Si la femme malienne et rurale ne sait pas lire ni écrire, elle dispose, cependant, d’un réservoir énorme de savoir et de compétences qui lui permet de s’engager activement dans un grand nombre d’activités génératrices de revenus et de profiter en même temps des opportunités d’éducation informelle qui sont offertes par les institutions de soutien.

J’ai moi-même participé dans une faible mesure avec une ONG appelée APFER,  à un projet d’appui au renforcement des capacités en gestion d’un groupe de 300 femmes appartenant à  cinq communes rurales. Ce projet qui était essentiellement axé sur la formation avait pour objet de renforcer la capacité des femmes  dans l’acquisition d’activités génératrices de revenus et la maîtrise de développement de micro-projets.

Les initiatives de ce type sont nombreuses et beaucoup de projets de développement rural intégré combinent formation et accompagnement de collectivités dans leur déroulé.

On lira avec intérêt les études cas de cette  « Recherche sur l’action collective des femmes au Mali » (octobre 2012).   

« Les conclusions mettaient, entre autre, en évidence, que

  • La participation active des femmes dans une action collective, renforce les capacités individuelles des femmes et par conséquent renforce leur influence dans la prise de décision au sein du foyer et/ou de la communauté et provoque des changements durables dans les rapports genre.
  • L’efficacité de l’action collective pour surmonter les barrières d’accès des femmes au marché, varie en fonction des sous – secteurs et du type d’action collective
  • Les femmes peuvent profiter davantage de l’action collective si des changements sont opérés dans la manière de diriger et de gérer le groupe »

Un élément à ne pas négliger non plus concerne l’accès des femmes à la micro finance pour réaliser des initiatives qui participent d’une manière ou d’une autre au développement de la communauté.

Il est vrai que la femme africaine peut apparaître, de l’extérieur,  socialement fortement démunie dans son environnement.

Mais il faut tenir compte que des prises de conscience permettent l’amorce d’une mutation tout autant qu’il ne faut pas négliger les potentialités de prise de pouvoir discrètes mais réelles qui sont contenues dans la participation active des femmes à l’action collective et au développement de proximité.

Je voudrais engager les lecteurs de ce billet à lire cette excellente étude de Satoko KATO, «  Pour un développement local au Mali : La place des femmes et de l'éducation non formelle », étude effectuée  en 2005 par le GRIDEQ, Université du Québec.

Commentaires

J'adore les "comment" que tu nous proposes, mon cher Jean-Claude, précédés d'humbles "distinguo" ! toutes les théories demeurent vaines de fait si nous ne savons pas comment les appliquer et en assurer le changement. Notre rêveur solidaire est une personne pragmatique qui aime approfondir "le comment" et en l'occurrence quelle plus belle piste en effet que celle de la femme africaine pour réussir dans la durée des projets de développement

Écrit par : Hubert | 03/02/2013

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